J’ai toujours eu un sens fort de ce qui est juste… et de ce qui ne l’est pas. Très tôt, les questions de justice et d’équité m’ont marqué, non pas de manière abstraite, mais dans des situations concrètes. À l’école, à l’université, dans le monde professionnel et dans la vie privée, j’ai souvent eu du mal à rester silencieux lorsque quelqu’un était traité injustement. Cela ne m’a pas toujours rendu populaire. On m’a qualifié de « woke », parfois d’« agaçant ». Mais au fond, cela signifiait simplement que je choisissais de m’exprimer lorsque d’autres préféraient se taire.
Parler… et parfois se retenir
Avec le temps, cela est devenu presque une constante. Lorsqu’une limite était franchie, j’intervenais—sans agressivité, mais clairement. Parfois, cela avait un coût, notamment face à des personnes en position d’autorité. En même temps, j’ai appris que s’exprimer n’est pas toujours simple. Il arrive que vouloir en faire plus puisse compliquer la situation pour la personne concernée. Cette tension—parler quand on le peut, se retenir quand il le faut—m’a marqué.
Le sentiment que quelque chose change
En grandissant, certaines valeurs semblaient évidentes. Nous avons appris les conséquences du racisme, de l’antisémitisme, de l’exclusion et de la haine. Pourtant, au fil des années, j’ai eu le sentiment que certaines de ces lignes devenaient moins claires. Non pas parce que les gens ont soudainement changé, mais parce que certains discours sont redevenus plus visibles.
Parallèlement, beaucoup de personnes réfléchies ont choisi de ne pas entrer dans ces débats. De prendre de la distance, d’éviter la confrontation. Je comprends cette posture—je l’ai moi-même adoptée. Mais je me suis aussi demandé si cela ne revenait pas, parfois, à laisser le terrain libre à d’autres.
La période du COVID a accentué ce phénomène. Les échanges sont devenus plus émotionnels, plus polarisés, plus bruyants. Certains tentaient d’expliquer, d’apporter de la nuance. D’autres utilisaient des messages plus simples, souvent basés sur la peur ou la méfiance. Et bien souvent, ce sont ces voix plus fortes qui ont été entendues.
Nouvelles voix, nouvelles formes
Aujourd’hui, s’exprimer prend de nouvelles formes. Une génération plus jeune utilise l’humour, la créativité et des éléments du quotidien pour exprimer des positions—parfois de manière subtile, parfois plus directe, mais souvent de façon accessible et percutante.
J’ai découvert des voix comme Elisa Gez, Abbude ou Olivier Caffè—chacun avec sa manière de se faire entendre. Certains passent par l’humour, d’autres par la créativité, d’autres encore par la constance. Des approches différentes, mais une même volonté : ne pas rester silencieux.
En même temps, cette visibilité comporte des risques—réactions, exposition, voire menaces.
Et parfois, s’exprimer ne passe pas uniquement par la parole. Cela peut aussi passer par des gestes concrets—acheter un café chez Olivier Caffè, porter un bonnet « Migrantengöre », un hoodie “Ich gender, und jetzt?” ou un bracelet arc-en-ciel. Porter un message, discrètement mais clairement.
Un retour
Cela ne signifie pas être la voix la plus forte. Ni réagir à tout. Mais simplement ne plus rester silencieux par défaut. D’une certaine manière, c’est un retour—non pas vers quelque chose de nouveau, mais vers quelque chose qui a toujours été là.
Je n’attends pas que tout le monde soit d’accord. Ce n’est pas le but.
Le point est simple : À un moment donné, le silence n’est plus neutre.
Que l’on parle ou que l’on soutienne—tout commence peut-être par le fait de trouver sa propre voix.


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